Les zones de rayonnement du Saguenay– Lac-Saint-Jean

BUT ET OBJECTIF

L’oasis de verdure localisée au-delà des Laurentides, que représente la région du Saguenay– Lac-Saint-Jean , ne se positionne plus de la même manière qu’auparavant dans la nouvelle géo-économie du Québec. 

Dans la perspective où les enjeux économiques se sont modifiés considérablement, il serait intéressant de voir quels sont les nouveaux investissements qui se présenteront dans les prochaines années et qui seront susceptibles de relancer plusieurs entreprises régionales.

Ces investissements de grande envergure auront certainement des retombées au sein des filières d’entreprises du Saguenay– Lac-Saint-Jean déjà expérimentées dans ces types de grands travaux et d’équipements industriels

ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES

Bien qu’il soit difficile d’obtenir des séries statistiques complètes sur plusieurs années pour la vaste zone nordique de rayonnement des entreprises du Saguenay– Lac-Saint-Jean , nous sommes toutefois en mesure d’estimer, à partir des sources de Statistique Canada, que les investissements annuels pour la période 2003-2008 se situeront entre 2,5 et 3,5 milliards de dollars. À l’intérieur de ce montant, nous devons considérer les principaux mégaprojets qui peuvent éventuellement faire pointer les investissements totaux à des sommets annuels inégalés, soit au-dessus du seuil minimal fixé par notre estimé.

Pour effectuer notre calcul, nous nous basons sur la moyenne annuelle des deux dernières décennies. Il existe bien sûr des fluctuations annuelles reliées aux ralentissements économiques (à la baisse) ou aux fortes reprises (à la hausse). Mais, d’une manière générale, environ 1, 5 milliards de dollars sont investis chaque année au Saguenay– Lac-Saint-Jean , autour de $ 1 milliard de dollars sur la Côte-Nord et de 300 à 400 millions de dollars dans le Nord-du-Québec . Cela représente pour cet espace autour de 10 % du total des investissements effectués annuellement au Québec, exception faite des mégaprojets comme éventuellement Grande-Baleine .  

COMMENTAIRE

La carte nous permet d’identifier clairement trois grandes zones de rayonnement découpées à partir du centre urbain principal, soit le pôle Saguenay qui englobe désormais dans son territoire les municipalités de banlieues telles que Laterrière , Lac-Kénogami , Shipshaw et Canton-Tremblay desservies par les services municipaux. Ces zones sont la frange urbaine, la périphérie immédiate et la périphérie éloignée. Voici une courte description de ces trois zones de rayonnement :

·          La frange urbaine correspond grosso modo aux limites territoriales de la MRC rurale du Saguenay qui contient par ailleurs une bonne partie des ressources humaines qui travaillent dans des entreprises urbaines. Plusieurs services publics localisés à Saguenay, sauf le CLSC, desservent cette zone immédiate de rayonnement, notamment 40 % de la clientèle des hôpitaux. Aussi, les géants de la distribution tirent une importante clientèle dite à fréquentation élevée de cette zone. Les entreprises de l’agroalimentaire de Saguenay y collectent largement leurs matières premières. À de multiples égards, il s’agit d’un même milieu de vie « métropolitain », incluant même des municipalités limitrophes telles que Hébertville , Saint-Bruno et Saint-Nazaire.

·          La périphérie immédiate correspond au Lac-Saint-Jean tout en incluant aussi Sacré-Cœur, Tadoussac , Sagard et Lac-Bouchette . Sous l’angle de la collecte de matières premières, elle représente la première zone pour les papetières et la deuxième zone pour les entreprises de l’agroalimentaire. Plusieurs administrations publiques souvent localisées à Saguenay desservent cette zone périphérique contiguë. Plusieurs services professionnels saguenéens ou almatois , notamment les services aux entreprises, considèrent cette zone comme leur marché naturel. Les géants localisés à Saguenay et à Alma drainent les consommateurs de ce territoire, mais à une fréquence moins élevée que celle de la frange urbaine. Notons que 10 % des résidents de cette zone travaillent à Saguenay.

·          La Côte-Nord, la Haute-Mauricie , Charlevoix et le Nord-du-Québec représentent la périphérie éloignée de Saguenay et de la région du Saguenay– Lac-Saint-Jean . Il s’agit d’un marché naturel pour les services d’éducation, de santé, de loisirs et aussi pour l’administration de certains programmes gouvernementaux. Les géants de la distribution en font distinctement un marché effectif mais évidemment de plus faible fréquentation par les consommateurs. On y collecte des matières premières, mais à plus faibles degrés que dans les deux zones plus limitrophes. Et les services spécialisés ancrés au Saguenay– Lac-Saint-Jean , notamment dans la construction, les équipements, les conseils, le transport, misent sur ce vaste espace nordique pour y détecter des clients et des occasions d’affaires.  Notons que 5 % de la clientèle des hôpitaux de Saguenay et un certain pourcentage des étudiants de l’université et des collèges proviennent de la Haute-Côte-Nord .

On constate qu’en matière de rayonnement des entreprises, les principales villes du Saguenay– Lac-Saint-Jean sont inévitablement ouvertes sur la périphérie nordique. Ladite route-du-nord , les liaisons aériennes nolisées, le meilleur accès routier à la Côte-Nord et une circulation améliorée de l’information sur les occasions d’affaires modifient considérablement la capacité des entreprises régionales de saisir des occasions qui se présentent dans la vaste périphérie éloignée. Il existe bien sûr un important marché éloigné pour nos entreprises de distribution et pour nos services spécialisés dans la santé, l’éducation, le génie, etc. Aussi, les investissements privés et publics effectués dans l’ensemble des zones de rayonnement de ce vaste territoire représentent certes des occasions intéressantes pour les entrepreneurs généraux, les constructeurs de bâtiments, les équipementiers, les bétonnières, etc.

Parmi les principaux projets d’investissements prévus au cours des prochaines années dans la vaste aire de rayonnement du Saguenay– Lac-Saint-Jean , voici ceux qui apparaissent les plus prometteurs pour les entreprises. Outre la période de réalisation et l’investissement anticipé, nous indiquons s’il s’agit de projets de type « grands travaux » (GT), « équipements » (E) ou mixte (GTE) :

·          Centrale Toulnaustuc (2002-2005) : 600 M $ ;  GTE

·          Projet Péribonka (2004-2009) : 1,2 G $ ;  GTE

·          Projet Eastman I (2002-2007) : 1,4 G $ ;  GTE

·          Projet Eastman I a (2003-2010) : 2,1 G $ ;  GTE

·          Projet Manouane  (2003-2004) : 57 M $ ;  GT

·          Projet Réservoir Kénogami Pikauba (2002-2005) : 172 M $ ;  GT

·          Autoroute Québec – Saguenay (2003-2008) : 450 M $ ;  GT

·          Autoroute Alma – La Baie (2003-2007) : 150 M $ ;  GT

·          Usine Alouette (2003-2004) : 1,4 G $ ;  E

·          Usine Vaudreuil (2002-2004) : 105 M $ ;  E

·          Usine Boulettage Sept-Îles (2002-2003) : 360 M$ ;  E

Cette douzaine de grands projets impliqueront d’ici 2010 une somme investie estimée à  7,994 milliards de dollars, soit 6,6 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, en considérant une répartition annuelle uniforme des montants. Puisque les grands projets ont tendance à faire remonter les moyennes annuelles des investissements, on peut en toute prudence considérer que celles de la période 2003-2008 seront plus près de leur seuil maximal (3,5 milliards de dollars) en le dépassant probablement, que du seuil minimal (2,5 milliards de dollars) de la fourchette qui fut fixée ci-dessus.

D’ici 2008, on peut donc s’attendre à des investissements totaux, dans l’ensemble des zones de rayonnement nordique des entreprises du Saguenay– Lac-Saint-Jean , qui totaliseront autour de 17,5 milliards de dollars. 

Les estimés nous permettent de considérer que 38 % des investissements concerneront des grands projets: 44 % de ceux-ci se réaliseront dans le Nord-du-Québec , 27 % au Saguenay– Lac-Saint-Jean et 29 % sur la Côte-Nord. De plus, 10 % de ces grands projets seront concernés par les entreprises de grands travaux, 23 % de ceux-ci correspondront à des travaux d’équipementiers (installations industrielles) alors que 64 % s’avèreront être des projets qui requierront l’intervention des filières « grands travaux et équipementiers ».

RÉFÉRENCES

APPARICIO, Philippe, (2000), Les indices de ségrégation résidentielle: un outil intégré dans un système d'information géographique, Université du Maine et INRS-Urbanisation, 20 pages,

[ http://www.cybergeo.presse.fr/essoct/apparici.htm].     

GAUTHIER, Majella-J ., Roger BOIVIN, Martin DION et Sylvain VERREAULT, (2002), Équipementiers et entreprises de grands travaux au Saguenay– Lac-Saint-Jean : une analyse spatiale, Association des CLD du Saguenay– Lac-Saint-Jean et Université du Québec à Chicoutimi, 50 pages.

PROULX, Marc-Urbain, (2002), Les filières des équipementiers et des grands travaux face aux investissements 2003-2008, Association des CLD du Saguenay– Lac-Saint-Jean et Université du Québec à Chicoutimi, 20 pages.

SOUTIEN FINANCIER

Projets structurants à caractère régional (CRCD)

Fondation de l'Université du Québec à Chicoutimi (FUQAC)

Carl BRISSON, Majella-J . GAUTHIER, Marc-Urbain PROULX et Martin DION, Laboratoire de recherche et d’expertise en télédétection et en géomatique , Université du Québec à Chicoutimi, mars 2003.