Zones climatiques pour l'agriculture au Saguenay—Lac-Saint-Jean

Zones climatiques pour l'agriculture au Saguenay—Lac-Saint-Jean

Parmi les caractéristiques biophysiques qui ont une incidence directe sur le développement socio-économique d'une communauté régionale, le climat est sans aucun doute un des éléments dont on doit tenir compte, spécialement lorsqu'il s'agit d'activités agricoles. En effet, comment peut-on envisager une agriculture prospère si les contraintes climatiques ne sont pas bien connues et spatialisées ?

Certains chercheurs se sont penchés sur la possibilité de déterminer des aires climatiques suffisamment distinctes dans le but de mettre en relief les potentiels qu'offre le climat en tant que ressource naturelle utilisable pour l'agriculture. Parmi les recherches effectuées sur le climat au Québec, on retrouve l’étude de Claire Pleau (1969), un ouvrage, commandé par la Mission de planification du Saguenay—Lac-Saint-Jean, qui voit le climat comme une ressource naturelle utilisée pour l'agriculture. L'auteure s'inspire de la méthode établie par Dubé (1968) et se concentre surtout sur les facteurs climatiques reliés à l'été. Elle établit un zonage du climat et contribue à l'amélioration des connaissances sur le climat de la région par la mise à jour d'une série des nouveaux faits intéressants comme par exemple:

1-    le gel à -2,2 oC et à 0 oC cesse plus tôt, au printemps, dans la plaine riveraine. Le gel automnal survient plus tard dans le voisinage du lac Saint-Jean. Dans les deux cas, la différence est d'environ 5 à 8 jours par rapport au Bouclier canadien;

2-    le nombre de degrés-jours annuels de croissance augmente aux environs du lac et le long du Saguenay. La différence est encore plus nette dans le cas du nombre d'unités thermiques pendant la saison sans gel à -2,2 oC. Roberval bénéficie de 166 à 222 degrés-jours de croissance de plus que le pourtour du lac Bouchette (base de 5,6 oC);

3-    l'indice de rétention en eau des sols accuse une baisse notable dans le secteur de Saint-Félicien-Roberval et à l'embouchure du Saguenay. Il est également faible au nord-ouest du Lac-Saint-Jean entre Normandin et Mistassini;

4-    l'évapotranspiration potentielle calculée suivant la méthode de Thornthwaite atteint son taux maximal à l'ouest du Lac-Saint-Jean et dans la conurbation du Haut-Saguenay;

5-    dans la région du Lac-Saint-Jean et le long du Saguenay, le climat est plus influencé par la masse d'eau lacustre que par le relief. Au nord du lac, la topographie est plane et, pourtant, les conditions climatiques s'apparentent à celles du Bouclier. Par contre, au sud du Lac-Saint-Jean et dans la région de Chicoutimi, le climat tempéré se prolonge même à l'intérieur des hautes terres.

Grâce à ses observations, Pleau délimite et définit six zones climatiques dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean et utilise 19 composantes qui lui semblent significatives. À ce sujet, le tableau suivant livre les variables les plus importantes et révèle leur valeur pour chaque zone.

La carte permet de visualiser l'étendue et la répartition des zones. Au premier coup d'œil, l'ensemble de la zonation climatique apparaît comme un prolongement thermique de la vallée du Saint-Laurent et se termine par un lobe qui épouse la forme des basses terres du Lac-Saint-Jean. Voici d'ailleurs comment s'ordonnent, se résument et se décrivent les diverses zones dégagées par l'auteure.

La zone I   Haut-Saguenay : « chaude et humide »

Cette zone débute à l'ouest de l'Île d'Alma, se rend jusqu'à la baie des Ha! Ha! et elle englobe la portion orientale de la plaine d'Hébertville, le horst de Kénogami et toutes les basses terres du Saguenay au sud de la rivière du même nom; sur la rive opposée, elle se limite à une mince bande d'une largeur de moins de 16 kilomètres. Les températures moyennes annuelles et celles estivales s'avèrent les plus élevées de la région à l'étude; on compte respectivement de 1,7 à 2,8 oC et de 13,3 à 15 oC. Les précipitations annuelles et estivales y sont élevées, soit un total de 838 à 940 mm annuellement et de 457,2 à 508,0 mm en été. Même si la longueur de la saison sans gel n'est pas parmi les plus grandes (116 jours à -2,2 oC et 91 à 0 oC, avec une probabilité de 80 %), le nombre de degrés-jours de croissance pendant la saison sans gel à -2,2 oC et 0 oC atteint les plus hauts sommets, soit 1 022 et 1 139. De plus, l'évapotranspiration potentielle est faible (de 18 à 20 mm) et l'indice de rétention en eau des sols s'avère fort (de 290 à 300 mm). En définitive, c'est la meilleure zone climatique en fonction de l'agriculture.

La zone II   Sud du Lac-Saint-Jean : « chaude et légèrement humide »

La zone II est la plus restreinte et comprend une mince frange de terre au sud du Lac-Saint-Jean entre Mashteuiatsh et Métabetchouan—Lac-à-la-Croix. Un peu moins chaude que la zone du Haut-Saguenay, elle reçoit moins de précipitations annuellement et il y tombe 100 mm de pluie de moins en été. La saison sans gel à -2,2 oC et à 0 oC est la plus longue (133 jours pour -2,2 oC et 113 pour 0 oC) si on exclut celle de la zone du Bas-Saguenay qui est légèrement plus grande. Le nombre de degrés-jours de croissance à l'intérieur de cette saison est plus bas de 111 par rapport à la zone I. L'indice de rétention en eau des sols varie de 260 à 280 mm.

La zone III   Sud-ouest du Lac-Saint-Jean : « chaude et sèche »

Cette zone entoure la précédente et englobe la rive ouest du Lac-Saint-Jean, comme à Saint-Prime et à Roberval. Elle chevauche également l'escarpement au sud du lac et inclut l'Île d'Alma. Légèrement plus chaude en été que la zone II, elle accuse les plus faibles précipitations de la région étudiée avec 355,6 et 406,4 mm en été. La longueur de la saison sans gel est inférieure à la zone précédente mais plus grande que celle du Haut-Saguenay. Le nombre de degrés-jours de croissance pendant la saison sans gel est plus bas que celui des zones déjà décrites. L'évapotranspiration potentielle y est la plus grande, soit 20,5 mm. Ainsi, on compte les plus forts déficits en eau: 20 mm.

La zone IV   Bas-Saguenay : « chaude et sèche »

Elle forme une bande d'une trentaine de kilomètres de largeur partant de la baie des Ha! Ha! jusqu'à Tadoussac. La température annuelle est semblable à celle du Haut-Saguenay, mais elle est plus froide en été. Les précipitations équivalent à celles de la zone III au sud-ouest du Lac-Saint-Jean. La longueur de la saison sans gel et les degrés-jours de chaleur disponibles pendant cette période ressemblent à ceux de la zone au sud du Lac-Saint-Jean; d'ailleurs, c'est ici que l'on trouve le plus grand nombre de jours successifs sans gel à -2,2 oC. soit 137 jours. L'indice de rétention en eau des sols s'avère le plus faible de tout le territoire étudié (215 mm) et le déficit en eau peut atteindre 40 mm.

La zone V   Nord du Lac-Saint-Jean : « froide et sèche »

La zone V couvre tout le territoire des basses terres situées au nord du Lac-Saint-Jean partant de Normandin, passant par Dolbeau-Mistassini et atteignant la pointe Taillon à l'est; sa limite extérieure n'arrive pas tout à fait à la ligne de contact basses terres-Bouclier. Les températures annuelles moyennes sont de 1,1 à 2,8 oC inférieures à celles du sud du lac. Les précipitations, quoique plus importantes que les zones sèches déjà vues, demeurent plus faibles en été que celles du Haut-Saguenay et peuvent même ne pas dépasser 355,6 mm. La longueur de la saison sans gel est plus courte que celle des zones précédentes (109 et 74 jours) et le nombre de degrés-jours de croissance à l'intérieur de cette saison est petit et peut descendre jusqu'à 750 pour le seuil de 0 oC. L'indice de rétention en eau des sols est moyen (253 à 277) et ressemble à celui de la zone au sud du Lac-Saint-Jean.

La zone VI   Périphérie : « froide et humide »

Elle prend la forme d'une ceinture de 15 à 25 kilomètres qui encercle les autres zones climatiques. Au nord et à l'ouest du Lac-Saint-Jean, elle comprend les municipalités sises au contact basses terres-hautes terres comme Saint-Thomas-Didyme, Saint-Stanislas et Saint-Ludger-de-Milot. Au sud du lac, elle englobe les subdivisions du Bouclier canadien. Sur la rive sud du Saguenay, elle chevauche l'escarpement de faille alors que sur le côté nord, elle comprend des terroirs appartenant aux basses terres comme à Saint-Ambroise et à Saint-Honoré. Par contre, les municipalités de Bégin et de Saint-David-de-Falardeau en sont exclues à cause du froid.

Ainsi, la température moyenne annuelle de la zone périphérique se révèle la plus basse du territoire (0,8 oC). Les précipitations dépassent celles de toutes les autres zones avec un total variant de 914 à 965 mm. La saison sans gel est la plus courte du territoire avec 101 jours pour le seuil de -2,2 oC. et avec 78 pour 0 oC. Le nombre de degrés-jours de croissance est le plus faible rencontré jusqu'ici et l'indice de rétention en eau des sols atteint sa valeur maximale avec 300 mm.

Il est à noter que le nombre restreint de stations météorologiques rend difficile toute subdivision supplémentaire. De même, la délimitation de certaines zones, surtout celles du nord du Lac-Saint-Jean et de la périphérie, aurait nécessité un meilleur réseau (on ne comptait qu'une vingtaine de stations utiles dans le territoire). La venue de nouvelles technologies comme la télédétection reste à exploiter afin de mieux nuancer la répartition spatiale de sous-climats et de microclimats.

Notes

1- Notons quelques définitions terminologiques et expressions utiles :

-les degrés-jours annuels de croissance ou unités thermiques sont la sommation du nombre quotidien de degrés Celsius au-dessus de la température de base pour les plantes cultivées au Québec, soit 5,6 oC. On peut également les calculer à l'intérieur de la saison sans gel;

-l'évapotranspiration potentielle s'exprime en millimètres et se définit comme la quantité d'eau qui se dégage du sol et des plantes par évaporation et transpiration, là où existent un couvert végétal dense et un sol constamment humide;

-le bilan précipitations-évapotranspiration permet de déceler les déficits en eau et il s'exprime en millimètres;

-le contenu en eau du sol s'exprime en millimètres et sous forme d'un indice de rétention qui tient compte de l'importance des précipitations, de la nature du sol, de la densité et de la nature du couvert végétal, du vent, de l'évapotranspiration réelle, etc. On suppose au départ une réserve de 100 mm d'eau dans le sol pour faire le calcul.

2- Le caractère thermique et pluviométrique de chaque zone est tout à fait relatif à la région étudiée.


RÉFÉRENCES

DUBÉ, Pierre-André, (1968), Relation climat-végétation au Saguenay—Lac-Saint-Jean, Québec, Université Laval, Séminaire de thèse présenté à la Faculté de l’agriculture, 70 pages.

GAUTHIER, Majella-J., Gilles-H. LEMIEUX et autres, (1987), Le réaménagement intégré des bleuetières de la Sagamie:  le cas de la bleuetière de Saint-Nazaire, dans Aménagement et gestion des ressources, Les Cahiers scientifiques de l'ACFAS, no 49, p. 137-162.

GAUTHIER, Majella-J. ,(1975), L’agriculture au Lac-Saint-Jean:  étude géographique,  Université du Québec à Chicoutimi, Centre de recherche du Moyen-Nord, Travaux géographiques du Saguenay, no 1, 330 pages.

LEMIEUX, Gilles-H. et autres, (2000), Cartographie par satellite de la ressource énergétique solaire au Québec, Rapport final, UQAC, Laboratoire de télédétection, 26 pages, 8 annexes.

LEMIEUX, Gilles-H. et autres, (1984), Analyse bio-physique des bleuetières de la Sagamie, Université du Québec à Chicoutimi, 22 rapports de recherche, en moyenne 13 pages.

PLEAU, Claire, (1969), Esquisse du plan de développement: étude climatologique en fonction de l'agriculture, Québec, Office de planification et de développement du Québec, Mission de planification régionale Saguenay—Lac-Saint-Jean, annexe IV, 58 pages.


SOUTIEN FINANCIER

Ministère des Régions du Québec

Fonds académique du réseau de l'Université du Québec (FODAR)

Fondation de l'Université du Québec à Chicoutimi (FUQAC)

Projets structurants à caractère régional (CRCD)

Majella-J. GAUTHIER, Carl BRISSON, Alain ROCH et Martin DION,

Laboratoire de télédétection et de géomatique, Université du Québec à Chicoutimi, avril 2001.